Sculptrice, photographe et cinéaste, Victoire Thierrée est née en 1988. Elle explore les liens entre la nature, la forme et la technologie, lorsque utilisés par l’homme pour pallier ses limites en contexte extrême. Les techniques propres aux milieux militaire, de défense et de survie avec lesquelles elle a été en contact ont inspiré ses thèmes artistiques autant que sa pratique : les techniques de camouflage infusent ses œuvres photographiques quand les métaux, le carbone, les textiles techniques, les fils de céramique sont les matières premières principales de ses œuvres sculpturales. La fréquentation des milieux proches des forces armées, habitués au secret, l’a amenée à penser l’infiltration comme une pratique artistique.
Victoire Thierrée, Caillou, 2024, Collection de l’Observatoire de l’Espace du Cnes © CNES/A. Mole
En 2022, elle est invitée en résidence par l’Observatoire de l’Espace du Cnes. Elle réalise un travail de recherche sur les astromobiles évoluant actuellement sur la planète Mars et les « terrains martiens » présents sur la Terre. Elle assiste ainsi au déroulement d’une nuit martienne au Centre spatial de Toulouse au cours de laquelle sont décidées par des équipes internationales les missions des robots présents sur Mars. Elle a réalisé les œuvres
SOL (jour solaire) 1 et
SOL (jour solaire) 2, des plaques de graphite gravées et travaillées avec de l’étain, qui évoquent des paysages extra-terrestres marqués par les traces d’une vie non humaine. Ces œuvres ont été présentées dans l’exposition
Avec l'Espace vol. 2 au Cnes à Paris en 2023, dans l'exposition
La vie de l’Espace en 2025 à la Friche la Belle de Mai à Marseille.
Justine Emard, Imagier des non-humains de l’Espace © Cnes/H.Piraud
En 2024, Victoire Thierrée commence une nouvelle résidence de création dans le cadre du programme Avant-Poste pour réaliser une œuvre qui sera embarquée à bord d'un ballon stratosphérique et modifiée par les caractéristiques du milieu spatial. L’artiste a imaginé une sculpture en acier plié, inspirée par
Le Cube d'Alberto Giacometti et le monolithe représenté à l’arrière-plan de la gravure
Melencolia I d’Albrecht Dürer, et déformée par le changement de pression atmosphérique lors du vol en ballon. Après avoir testé une chambre à vide un prototype, la sculpture
Caillou est embarquée le 15 novembre 2024 à bord d’un ballon dilatable léger lancé depuis le Centre de lancement de ballons d’Aire-sur-l’Adour (Landes) pour un vol de deux heures jusqu’à un peu plus de trente kilomètres d’altitude. Victoire Thierrée s'est engagée dans un processus de collaboration avec le milieu spatial dont les caractéristiques sont utilisées pour façonner sa création. Déformée lors de son retour sur Terre, l’œuvre témoigne de l’interaction entre la matière et le milieu spatial, en adéquation avec les moyens techniques qui permettent d’y accéder. En 2025,
Caillou a été présentée pour la première fois dans le
Cabinet d’art extra-terrestre de l’Observatoire de l’Espace du Cnes à Paris, puis dans l'exposition
La vie de l’Espace à la Friche la Belle de Mai à Marseille, et en 2026 dans l’exposition
L’art extra-terrestre au XXIe siècle à l’Espace de l’Art Concret à Mouans-Sartoux.
Victoire Thierrée, Caillou dans l’exposition La vie de l’Espace à la Friche la Belle Mai
(Marseille) en 2025 © CNES/J-C. Lett